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Apprendre ou non le HTML ?

Par Alex Grenon, 9 février 2008. Dernière révision : 29 novembre 2008

De nos jours, grâce aux éditeurs de type WYSIWYG (What You See Is What You Get), il n'est pas nécessaire de connaitre le HTML (HyperText Markup Language) ou le XHTML (eXtensible HyperText Markup Language) afin de concevoir un document internet.

Au départ, la création de documents pour le web et la publication d'un site commandait une connaissance approfondie du HTML, du système et des commandes Unix, et bien plus encore.

Aujourd'hui, une bonne conception d'un site web commande la maitrise du X-HTML pour la structure du document – et du CSS (Cascading Style Sheets) pour la présentation. Le X-HTML et le CSS sont des savoirs hautement techniques.

La popularité des éditeurs WYSIWYG ne s'expliquent pas que par l'aversion de plusieurs à étudier la programmation. Les éditeurs WYSIWYG n'ont été populaires, et suffisamment performants, qu'à la veille du présent millénaire. Ils ont bénéficié de la première révolution paradigmatique dans la courte histoire de la conception de document internet.

L'élément table du HTML

En 1997, le typographe David Siegel a changé le web en faisant part d'une nouvelle technique de mise en page :

Quelque part dans la lumière blafarde d'un laboratoire, un élément table du HTML a été adossé à un espace GIF (Graphics Interchange Format) donnant une décharge de 10 000 volts d'électricité. Cela a donné vie à l'idée d'utiliser la balise table comme moyen d'agencer visuellement des pages. [1]

Les concepteurs internet pouvaient enfin aisément reproduire les visuels traditionnels des médias imprimés. Mais l'élément table signifie ceci est un tableau. Il sert, notamment, à inscrire un tableau de chiffres dans un document internet. Pendant que les concepteurs s'amusaient, Siegel reconnaissait rapidement son erreur :

Plusieurs personnes affirment que j'ai ruiné le web [...] J'ai ruiné le web en mélangeant du chocolat et du beurre d'arachides de sorte qu'ils ne peuvent jamais plus redevenir non mélangés. J'ai commis le crime punissable de pendaison d'avoir mélangé la structure avec la présentation. [2]

Le CSS

Ironiquement, le W3C (World Wide Web Consortium) avait publié sa première spécification concernant le CSS l'année précédente, soit en 1996. Toutefois, même si plusieurs personnes, incluant Siegel, argumentaient contre l'utilisation de l'élément table pour la mise en page, en l'absence d'alternatives viables, cela ne fit rien.

Il faudra attendre sept années, soit jusqu'en 2003, afin que prenne place le deuxième évènement paradigmatique de l'histoire de la conception sur internet :

En mai 2003, le jardin expérimental CSS Zen Garden a prouvé que quand des designers travaillent avec le CSS, ils peuvent créer n'importe quel design excitant et inspiré à partir d'un même document XHTML. [3]

Encore aujourd'hui, les sites édités avec un encodage sémantique strict, et adossés à un CSS complet, n'occupent qu'un faible pourcentage des sites édités chaque année sur l'internet, encore aujourd'hui. Les éditeurs WYSIWYG n'ont rien perdu de leur popularité.

Le refus d'apprendre

Pour le novice, la mise en page d'un document web est grandement facilitée lorsqu'il recourt à l'utilisation de l'élément table. La plupart des éditeurs WYSIWYG ont d'ailleurs rendu cette conception accessible d'un simple cliquer-glisser.

En privilégiant les savoir-faire, ce que permettent les éditeurs WYSIWYG, au savoir tout court du X-HTML et du CSS, nous amenons le designer et le développeur internet à aborder la conception d'un document internet par ce qu'il connait, c'est-à-dire ce qu'il visualise.

Non seulement le monstre crée par Siegel a été dupliqué en plusieurs séquences meurtrières [...], cela a aussi renforcé l'idée que le contenu et la structure dépendent du visuel présent dans l'esprit du designer web. Cette notion demeure dans la tête des designers encore plus depuis au détriment de la flexibilité, de la sémantique et de l'accessibilité. [4]

Avec les éditeurs WYSIWYG il y a plus souvent mélange du code sémantique et des éléments de présentation, ces éditeurs génèrent de code que nécessaire.

Conclusion

Le X-HTML et le CSS sont des savoirs hautement techniques. Ils sont le plus souvent appris sur le tas. Suivant l'exemple d'une majorité de professionnels, le novice en design web préfèrera réaliser son projet visuellement à l'aide d'un éditeur de type WYSIWYG.

C'est à cette préférence que les écoles techniques cherchent à répondre, d'autant qu'ici la maitrise d'un éditeur WYSIWYG, au premier chef Dreamweaver, rencontre l'exigence du marché du travail.

L'apprenant construit donc son savoir sur ce qu'il connait et voit. Il est cependant dépendant d'un produit commercial, mais qu'importe, ayant appris à apprendre, il multipliera les apprentissages de produits, de versions, etc. à défaut de s'attaquer, un jour, à apprendre les savoirs techniques du X-HTML et du CSS.

  1. Clarke, Andy. Transcending CSS : The Fine Art of Web Design. New Riders, Berkeley California, 2007, p. 55.
  2. Siegel, David. www.xml.com cité par Clarke, Andy. Transcending CSS : The Fine Art of Web Design. New Riders, Berkeley California, 2007, p. 55.
  3. Clarke, Andy. Loc. cit. p. 47.
  4. Clarke, Andy. Loc. cit. p. 55.
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