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Formation

Les fonctions de l'école

Par Alex Grenon, 9 février 2008. Dernière révision : 16 juin 2008

La définition d'une réforme de l'école exige l'examen des diverses fonctions de l'école. Cette question nous renvoie au rôle de l'école dans la société : comment pouvons-nous poursuivre, simultanément, un accès massif à l'éducation et à la maitrise de savoirs indispensables ?

Dans Transmettre des savoirs techniques au plus grand nombre [1] le didacticien des sciences Joshua Samuel désigne quatre fonctions au système de formation :

  1. L'école doit servir à transmettre un certain nombre de connaissances ;
  2. Un rôle de socialisation, apprendre un certain nombre de règles de vie en commun, est affecté à l'école ;
  3. L'école transmet des valeurs, évidemment les valeurs dominantes de la société extérieure à l'école ;
  4. L'école doit se conformer à ce qui est l'exigence de la société vis-à-vis de la répartition de la force de travail.

En période de difficultés économiques, nous constatons une tendance à insister sur la dernière fonction, l'adaptation de l'école à la formation professionnelle. L'idée est que plus nous nous rapprochons d'une formation professionnelle directement utilisable par les entreprises, mieux l'école remplit sa tâche.

Cette approche va a contresens de la nécessité historique rappelle Joshua Samuel. L'école générale pour tous fut créée afin d'assurer les bases préalables à l'apprentissage d'un métier, non pour cet apprentissage en soi. C'est que nous transmettons difficilement des savoirs spécialisés à des personnes qui ne disposent pas de savoirs de base suffisamment généraux.

La dérive de la socialisation

Nous entendons souvent dire que si l'école fonctionne mal, c'est qu'elle n'est pas centrée sur l'apprentissage de la vie, une autre façon de dire la socialisation. Par socialisation, nous entendons le fait d'apprendre un certain nombre de règles de vie en commun.

Malgré l'importance de l'école dans la vie de l'enfant, et du milieu du travail dans celle de l'adulte, ces secteurs d'activités ne sont pas les seuls vecteurs de la socialisation. Une association sportive, l'église, et surtout la famille sont au nombre des autres vecteurs de socialisation.

Pour Joshua Samuel, un malentendu existe lorsque nous affirmons que l'école remplit et doit remplir avant tout une fonction de socialisation. Certes, l'école regroupant un nombre considérable de personnes, il est clair qu'elle les socialise. Et comme le rôle de socialisation n'est pas neutre, l'école socialise en fonction des valeurs dominantes de la société.

L'école participe à la reproduction sociale comme toutes les autres institutions. Dans la mesure où la société est divisée en classes sociales, toutes les institutions, y compris la famille, participent à ce processus de reproduction de la société, à des degrés divers et avec des formes différentes. Une fois cela dit, la question reste : pourquoi une telle importance est-elle donnée à l'école ? [2]

Parce que l'école transmet des connaissances. Voilà pourquoi la socialisation et la transmission de valeurs y acquièrent un statut si important aux yeux des critiques de l'école. Pourtant, supposons que l'école puisse cesser de remplir ces deux fonctions, d'autres institutions s'en chargeraient – elles s'en chargent déjà. à l'opposé, « si l'école n'a plus la fonction prioritaire de transmission de connaissances, l'école en tant que telle s'écroule [...] ». [3]

Transmettre les savoirs techniques

Voilà, le rôle premier de l'école : transmettre des connaissances. L'école transmet des savoirs hautement techniques et à beaucoup de gens. La lecture en est un exemple. Il faut des écoles pour apprendre à lire, du moins à une échelle de masse. Cela ne se gère pas par la simple vie en société.

Les apprentissages techniques sont d'ordre conceptuel. Ils commandent un traitement cognitif en profondeur alors que les apprentissages de la vie s'acquièrent généralement par l'expérience. Une formation centrée sur la socialisation laisse de côté les bases essentielles à l'acquisition du savoir. La société décide qu'un certain nombre de savoirs techniques seront appris à l'école. Cette transmission du savoir hautement technique est le seul rôle qui soit spécifique de l'école. L'école est en crise lorsqu'elle ne privilégie pas ce rôle.

La socialisation est un préalable

Une fois acceptée la priorité à la transmission des connaissances, toutes les autres fonctions de l'école ne visent plus qu'à soutenir cette transmission. Ainsi en est-il de la socialisation. L'école doit combler les lacunes des uns vis-à-vis des éléments de socialisation indispensables à la transmission de connaissances.

Apprendre implique une capacité de traduire une tâche sous la forme d'un problème, c'est-à-dire de s'interroger sur elle, d'élaborer une réponse à distance de la tâche pour pouvoir la résoudre plus facilement après et savoir étendre cette réponse à d'autres tâches similaires.

L'enfant issu d'une famille favorisée possède des prémisses de ce processus. De façon générale, dans les familles les plus favorisées, les enfants sont toujours questionnés. Nous lui posons sans cesse des questions qui le contraint à argumenter. Il doit rendre raison de ce qu'il fait. Cette caractéristique culturelle de la famille favorisée qui ne se retrouve pas dans les familles populaires.

Puisque l'école mise sur cette capacité pour pouvoir développer l'apprentissage de résolution des problèmes. Pour les enfants de familles qui ne disposent pas de ces codes-là, la rupture de scolarisation est immédiate. En conséquence, il est logique que l'école se constitue dans une certaine rupture par rapport aux familles. L'école impose une socialisation qui est indispensable pour aborder les savoirs scolaires. Mais cette socialisation se déclare en relation avec cette fin.

  1. Samuel, Joshua. Transmettre des savoirs techniques au plus grand nombre.
  2. Ibid.
  3. Ibid.
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