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Formation
Aux sources de Sujet
Par Alex Grenon, 9 aout 2007
L'analyse du nazisme et de ses sympathies en Occident par Blandine Barret-Kriegel ainsi que celle du totalitarisme par Hannah Arendt m'a conduit à étudier l'héritage du christianisme et du judaïsme dans un État de droit.
Le droit politique m'a toujours fasciné. Tout jeune, je m'immergeais dans le récit des transfuges des pays de l'Est fuyant le communisme. Je connaitrai de ces émigrants. Loin de ne rechercher qu'un bien être matériel, ceux-ci trouvaient dans un aspect particulier de la liberté, la justice, une motivation à leur émigration.
Je comprenais leur volonté de vivre en dehors d'une peur constante, celle de la délation par un voisin, un collègue ou un membre de leur famille. Cela pouvait être fait sous de fausses accusations, par ambition ou pour répondre aux voeux d'un état répressif, sans la contrepartie d'un système judiciaire indépendant.
Je m'intéressais aussi aux récits des deux guerres mondiales et à l'émergence des idées précédant l'aube du XXe siècle. Cette époque me semblait riche d'enseignement, capable d'héberger certaines contradictions de ma propre éducation.
Lectures et expériences d'autrui
Un jour, L'État et les esclaves de Blandine Barret-Kriegel a retenu mon attention. Dans son essai, la philosophe et historienne soutient une idée de l'Homme et une théorie de l'État inspirées de la contribution juive et chrétienne à l'histoire universelle. Une théorie sensiblement différente de celles héritées des Lumières, et éloignée des idéaux romantiques d'Athènes et de la Rome républicaine.
On m'avait également souligné l'apport précurseur de Hannah Arendt sur des questions similaires avec Les Origines du totalitarisme En mettant l'accent sur la convergence du nazisme et du stalinisme, Arendt cerne le phénomène totalitaire comme une conséquence de la dissolution des classes sociales et de la dépolitisation du monde moderne, dans le cadre de l'État-nation. Je reportais sans cesse cette lecture.
Entre temps, j'avais acheté une (auto)biographie de Marlon Brando, dont les propos ont été mis en texte par le journaliste Robert Lindsey. Brando partage d'un chapitre à l'autre sa compréhension du monde, détaillant son cheminement et ses prises de position.
Avant même la mise en échec du nazisme, Marlon Brando avait pris acte du sort réservé au peuple juif, à un moment du conflit où les pays occidentaux refusaient les candidats juifs à l'émigration. Il mentionne, notamment, avoir lu Hannah Arendt. Plutôt que de déblatérer sur l'insuccès de l'homme Brando, mieux valait m'acquitter d'une dette contractée inconsciemment à son égard : une lecture m'attendait.
Conclusion
Les Origines du totalitarisme de Arendt ainsi que L'État et les esclaves de Barret-Kriegel ont contribué à mon éducation politique. Nous connaissons davantage de la politique le côté partisan et réfléchissons peu à l'origine de nos démocraties.
Chez Barret-Kriegel, l'analyse des sources du totalitarisme nazi et de ses sympathies occidentales, comparées aux apports circonstanciés de l'Ancien et du Nouveau Testament à la genèse de l'État de droit, nous replonge au coeur de notre héritage judéochrétien.
Mon souvenir sur Les Origines du totalitarisme est plus lointain. Je me rappelle néanmoins avoir établi un parallèle intriguant entre l'environnement familial de mon enfance et la notion de clan exposé dans Sur l'antisémitisme, l'un des trois volets, avec L'impérialisme et Le système totalitaire de l'étude de Hannah Arendt.
- Arendt, Hannah. Les origines du totalitarisme, en trois tomes : Sur l'impérialisme, Sur l'antisémitisme et Sur le totalitarisme. Points, 1998 (1951).
- Barret-Kriegel, Blandine. L'État et les esclaves : Réflexions pour l'histoire des États . Payot, Paris, 1989.
- Brando, Marlon et Lindsey, Robert. Brando : Songs My Mother Taught Me. Random House, 1994.