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Philosophie politique
La conquête des Amériques
Par Alex Grenon, 27 mars 2007
La conquête du Nouveau Monde par les Européens donna lieu à la propagation de maladies virales, maladies pour lesquelles ces envahisseurs étaient immunisés. L'univers précolombien du continent amérindien regroupait 145 millions d'individus. En l'absence de ces armes bactériologiques, nous devons admettre que l'histoire de la conquête aurait été toute autre.
Des siècles après que les Scandinaves eurent atteint les côtes du Canada actuel, Christophe Colomb découvre l'Amérique caraïbe en 1492. Selon l'école de Berkeley, l'ile d'Hispaniola où il accoste était peuplée de 8 millions de personnes. En 1542, cette population indigène aura été décimée. Ces faits et tous ceux concernant la conquête sont tirées de La conscience chrétienne face à l'historicité du Nouveau Monde de Norman Palma.
Les populations de l'univers précolombien étaient surtout concentrés en Amérique centrale et dans les Andes septentrionales. L'Amérique du Nord comptait 18 millions d'âmes, mais rappelons que diverses expéditions avaient déjà foulées le sol du continent, depuis l'actuel Canada jusqu'à la Floride. Pour ce territoire, l'estimation de la population est donc postérieure au premier choc bactériologique.
Le déclin de la confédération des Aztèques donne la mesure d'un hécatombe consécutif à ce premier choc. Après avoir été repoussé, le conquistador Hernan Cortés conquiert et détruit Tenochtitlan en 1521. Entre temps, 50 % de la population indigène avait succombé à la variole. De 1519 à 1605, les Aztèques seront passés de 25 à 1 millions d'individus. Moins d'un siècle après le début de la conquête chrétienne, 96 % des 145 millions d'indigènes auront été décimés.
Une réalité terriblement noire
Pour l'historiographie officielle, il importe de minimiser l'importance du choc bactériologique. « Car ce n'est certes pas la même chose de dire que les conquistadores ont vaincus parce qu'ils étaient des surhommes, que d'affirmer que c'est dû aux pestilences, dont ils étaient porteurs, qu'ils ont réussi à dominer ce monde », écrit Norman Palma.
L'ampleur du choc bactériologique est telle que les écrits de témoignages seront longtemps considérés comme la source d'une soi-disant légende noire et non la description de la réalité. L'historiographie officielle préférera sous-évaluer, de manière systématique, les populations indigènes de l'époque précolombienne. La minimisation du choc bactériologique et la sous-évaluation des populations indigènes préservaient l'héroïsme des conquistadores tout en rendant crédible la supériorité de leur force, grâce à un rapport numérique falsifié.
Dans un deuxième temps, et comme l'hécatombe n'était pas suffisante, il s'agissait de présenter les indigènes comme des êtres plus proches des animaux que des humains, ouvrant la voie à d'autres massacres. Dans un tel contexte, la résurgence d'anciens témoignages ne pouvait qu'alimenter le discrédit de l'histoire réelle de la conquête. Le mépris et la haine des Amérindiens s'étant enracinés, un comportement favorable au génocide de tous les indigènes persistera bien au-delà du choc bactériologique.
La dynamique religieuse
Pour les Européens, Dieu montrait son désir en envoyant des vagues successives de pestilences, fauchant les populations indigènes tout en épargnant les colons. La domination des fidèles était assurée, mais cela ne pouvait suffire. Dieu voulait l'extermination de la population amérindienne. Franco-anglais, portugais ou espagnols, les chrétiens laissèrent libre cours à leurs pulsions appelant un génocide.
Au Nord, les quelques survivants seront peu à peu protégés par la création des réserves. Dans les colonies espagnoles, l'Église les prendra en charge. Réduits à la surexploitation, ils seront prêtés aux travaux les plus durs, dont ceux des mines. Cela étant dit, les populations indigènes ayant pratiquement été anéanties, les peuples venus de l'Europe durent mettre en esclavage ceux de l'Afrique pour défricher et cultiver tant de terre.
Si l'écrasement et l'extermination des Amérindiens furent présentés comme la manifestation de la volonté divine, l'esclavage sera justifié par la tradition biblique selon laquelle la disgrâce des non élus est la cause de leur servitude, et cette servitude le principe de leur bonheur, c'est-à-dire de leur salut. Cela était un don immense que d'ouvrir la voie de la rédemption à ces êtres maudits.
Aujourd'hui, notre résistance à reconnaitre, entre autres choses, la valeur des recherches de l'école de Berkeley découlerait d'un sentiment malvenu, celui de notre culpabilité par procuration. Mais, conclut Norman Palma : « Nous ne sommes pas coupables ni responsables de ce qui s'est passé avant nous. Nous sommes uniquement responsables de nos actes et de nos propres croyances et, bien évidemment, de l'historicité de nos croyances. Ainsi, lorsque nous assumons une croyance, nous assumons sa pratique historique. ».
- Palma, Norman. La conscience chrétienne face à l'historicité du Nouveau Monde. Retrouvé sur www.normanpalma.info