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Philosophie politique

Essences et ontologie chez Husserl

Par Alex Grenon, 29 mai 2007. Dernière révision : 25 novembre 2008

Dans sa version husserlienne, la science des phénomènes ou phénoménologie est une philosophie des essences, une ontologie. Décrire les choses telles qu'elles se présentent à la conscience était l'ambition première de Husserl.

Le phénomène est ce qui apparait à la conscience. Pour Husserl, la véritable connaissance est celle des essences, c'est-à-dire la connaissance de ce qui demeure invariant dans les modifications de perspectives que l'esprit a sur les choses. Par exemple, qu'est-ce qui constitue une pomme placée devant moi ? Ce peut être l'espace, le temps la causalité, la qualité, la quantité, etc.

Dire d'un être qu'il est, c'est poser la question de l'être, c'est dégager sa nature essentielle et invariante. En métaphysique, la notion d'essence désigne la réalité persistante d'un être ou d'une chose. Par être, nous entendons le verbe exister.

Le mot « chose » est le terme le plus général par lequel nous désignons ce qui existe et est concevable comme un objet unique. Le terme vient du latin juridique, de causa qui a pris le sens de chose après avoir supplanté res, c'est-à-dire ce qui est fait : réalité, chose. Par chose, nous entendons donc ce qui appartient à la réalité. Une pomme est une chose.

Connaissance des essences et ontologie

Husserl a proposé une hiérarchie des essences, différentes ontologies, selon leur importance constitutive.

  1. L'ontologie matérielle ou régionale s'attache à différentes zones de l'expérience empirique et essaie de penser leur fond eidétique constitutif. Par exemple, l'essence du rouge, c'est la qualité ;
  2. L'ontologie formelle s'attache à penser l'essence de l'ontologie matérielle. Par exemple, si l'essence du rouge, c'est la qualité, l'essence de la qualité, c'est une forme vide en relation logique avec une autre.

C'est l'ontologie formelle qui permet l'ontologie matérielle. L'ontologie formelle est une sorte de logique formelle qui permet, avec ses formes vides, de penser la liaison, la contenance, la disjonction ; c'est une sorte de grammaire, de matrice vide, qui permet l'ontologie matérielle régionale.

Prenons la forme vide du rouge, l'idée du rouge en quelque sorte. À la différence de Platon, il n'existe pas pour Husserl une idée ou une essence du rouge qui se ballade dans le cosmos. Pour Husserl, penser l'essence de la couleur, en l'occurrence la qualité du rouge, est un acte objectal de penser de quelque chose.

Nous avons l'ontologie formelle ou forme vide du rouge, élément de grammaire. Par intuition, nous avons affirmé que l'essence du rouge, c'est sa qualité. L'essence de la qualité est une forme logique en relation avec une autre. La réflexion se porte maintenant sur la structure des phénomènes.

Retenons la manifestation phénoménale suivante : la présence d'une pomme rouge sur le bureau du professeur. Toute chose, la pomme en est une, a ses déterminations d'après la perspective de la conscience. L'objet est donné en totalité par la synthèse des points de vue.

Nous avons donc un fait empirique irréductible. Quelque soit le point de vue des étudiants sur la chose durant la récréation, il y avait bel et bien une pomme sur le bureau du professeur. La rencontre de la matière pomme et du concept de couleur permet la représentation « une pomme rouge ».

Conclusion

L'ontologie matérielle synthétise. Elle attribue des propriétés à la matière pour la constituer comme représentation. Nous disons de l'ontologie matérielle qu'elle subsume, c'est-à-dire qu'elle pense l'objet individuel comme compris dans un ensemble (le rouge dans la catégorie qualité).

En revanche, l'ontologie formelle subordonne. « L'ontologie formelle contient en soi en même temps toutes les formes d'ontologies possibles », écrit Husserl. Une pomme est une pomme, et si le rouge est rouge, la présence du concept, c'est-à-dire l'essence du rouge, la qualité dans « une pomme rouge », n'est pas la synthèse de la matière pomme.

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