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Philosophie politique

Heidegger et son temps

Par Alex Grenon, 8 mai 2007

La question de l'être est celle de la philosophie heideggerienne. Cette question s'embrouille au contact de celle du sujet et au contact du sentiment de son existence et de son moi. Ces notions se distinguent et se recoupent au gré des définitions et des écoles. Jugée impossible ou évidente, la question de l'être était tombée dans l'oubli jusqu'à Heidegger.

Martin Heidegger (1989-1976) reprend la question fondamentale de la métaphysique : « Pourquoi il y a l'étant et non pas plutôt rien ? ». Nous appelons ontologie la partie de la métaphysique qui traite spécifiquement de l'étude de l'être en tant qu'être, c'est-à-dire l'étude des propriétés générales de ce qui existe. Cette étude a pour but de définir les déterminations communes à tous les êtres, répondant ainsi à la question : « Qu'est-ce que l'être ? ».

Au Moyen Âge, l'être renvoie au divin, Dieu est l'acte d'être, et l'étant est créé. Par étant, nous entendons l'être en tant que phénomène. Puisque l'être, au sens commun où nous l'entendons, est créé par Dieu, être et étant sont univoques ou liés par une analogie. Le débat s'inscrit entre les termes d'existence et d'essence. Le développement de la philosophie, du Moyen Âge au XVIIe siècle, verra diverses tentatives pour situer ces deux termes.

Le XVIIe siècle marque le début de la philosophie moderne. C'est à ce moment qu'apparait l'ontologie en tant que spécialité de la métaphysique générale, par opposition à la théologie ou métaphysique spéciale. Au Moyen Âge, l'ontologie liait la théologie à la définition de ce qui existe indépendamment de toute expérience. C'est à Emmanuel Kant (1724-1804) avec sa Critique de la raison pure (1781) que nous devons d'avoir consacré le détachement de l'ontologie de la théologie. Pour Kant, l'existence n'est pas un prédicat qu'on ajoute au sujet, mais la position du sujet.

La notion de sujet est importante. Au-delà de l'opposition sur la question de la transcendance, c'est un point sur lequel Martin Heidegger se détache de père de la phénoménologie, Edmund Husserl (1859-1938). Husserl avait pour projet de constituer une science de l'être, de l'intérieur même d'une philosophie du sujet. La phénoménologie husserlienne marque l'aboutissement d'une tradition remontant à Descartes, celle d'une subjectivité auto fondée. Heidegger conteste ce primat du sujet comme instance la plus originaire. Il tente de remonter à ce que la focalisation sur le sujet originaire a selon lui occulté : la question de l'être.

La pensée de Martin Heidegger

Être et temps (Sein und Zeit, 1927) est l'oeuvre la plus importante de Martin Heidegger. L'ouvrage marque un tournant important de la philosophie continentale. Dans Heidegger et son temps, l'auteur Rüdiger Safranski inscrit la vie de Martin Heidegger dans l'histoire intellectuelle et politique de son temps. Ce livre agréable à lire retrace le récit d'une pensée qui, par-delà l'engagement pro-nazi de Heidegger, demeure l'une des plus importantes de la philosophie du XXe siècle.

La philosophie de Martin Heidegger puise à trois sources principales :

  1. La pensée aristotélicienne où Heidegger trouve la question du sens de l'être ;
  2. La phénoménologie husserlienne à laquelle Heidegger emprunte la méthode ;
  3. La théologie, d'abord le catholicisme puis les penseurs protestants, influence également Heidegger.

L'ambition initiale de Martin Heidegger était de procéder à une déconstruction de la philosophie depuis sa fondation. Ce projet ne sera jamais mené à terme. La déconstruction est une méthode pour décortiquer des textes afin de révéler leurs décalages et confusions de sens. Dans Être et temps, la déconstruction devait porter sur le concept de temps et révéler par quelles étapes l'expérience du temps a été recouverte par la métaphysique, faisant oublier le sens originaire de l'être comme être temporel.

Être et temps interroge le sens de l'être. Afin de répondre à la question de l'être, Martin Heidegger propose le dasein comme étant à questionner en priorité. Le philosophe définit le dasein tel que « l'étant que je suis à chaque fois moi-même ». Cet étant incarne la conscience de l'être qui a conscience d'être. Cette conscience n'est pas celle du moi. Heidegger associera plus tard « l'étant que je suis chaque fois moi-même » à la notion d'authenticité.

Heidegger appelle ontique ce qui se restreint à l'étant au lieu de l'être. Le choix du dasein comme étant à interroger en priorité s'explique pour trois raisons :

  1. C'est un étant insigne ayant la primauté ontique ;
  2. Je le suis à chaque fois moi-même ;
  3. Le dasein est un étant qui peut s'interroger sur l'être.
Conclusion

Pour Martin Heidegger, l'oubli de la question de l'être fait qu'on ne pense plus aucune différence entre les l'être et l'étant. Il appelle la différence entre l'être et l'étant différence ontologique. Par cette différence, le dasein (l'être-là) se distingue des autres étants : il est le seul étant qui se pose la question de l'être. Mais notre responsabilité vis-à-vis de la question de l'être est évacuée par les distractions et l'oubli de l'être, conséquences du constat angoissant de la finitude de l'être, de sa mortalité. Pour Heidegger, au contraire d'un nihilisme simpliste, la finitude de l'être appelle le dasein à remettre en question son être.

  1. Safranski, Rüdiger. Heidegger et son temps. Grasset, Paris, 1996.
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