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Philosophie politique

La philosophie musulmane

Par Alex Grenon, 4 septembre 2007. Dernière révision : 21 juin 2008

Dans le millénaire suivant la chute de l'empire romain, c'est à partir du Moyen-Orient que renait la philosophie. Puis au XIIe siècle, les penseurs musulmans portent le questionnement philosophique à un point critique.

La philosophie islamique puise à la source de l'islam, d'idées dérivées et interprétées du Coran, et de la philosophie grecque, à la suite des conquêtes d'Alexandrie, de la Syrie et de Gundishapur, centre intellectuel de l'empire sassanide, au sud-ouest de l'Iran actuel. La philosophie musulmane a aussi subie l'influence des philosophies pré-islamique et indienne.

Les débuts de la philosophie musulmane atteste du dynamisme de la vie intellectuelle de la société islamique. Initialement contestataire, chaque nouveau mouvement philosophique devient école officielle. Ce cycle de changements se maintient cinq siècles (VII-XII), jusqu'au point de rupture. La fureur des orthodoxes est alors telle qu'ils s'en prennent à tous les philosophes.

D'un mouvement à l'autre

Après la mort de Mahomet en 632, on chercha à affiner la doctrine de l'islam et à interpréter les hadiths, les paroles du prophète. Le kalâm, une science de la religion, proposera la méthode dialectique de l'ijtihad. Ce premier courant philosophique musulman se divisera en deux doctrines : les partisans du qadar ou du libre arbitre et les jabaristes ou partisans du fatalisme.

Au deuxième siècle de l'hégire (IXe siècle chrétien) nait un mouvement dissident issu du qadar : la madhhab ou école motazilite. Les motazilistes furent les premiers à poursuivre une théologie rationnelle, ou scolastique, cherchant dans la philosophie la confirmation des principes religieux. De Bagdad en 827, le calife abbasside Al-Mamun fit du motazilisme la doctrine officielle.

Parallèlement, la redécouverte du corpus grec conduit à l'émergence d'un courant péripatétique – terme désignant les héritiers de la pensée aristotélicienne – lequel aura ses représentants dans la madhhab motazilite. C'est cependant le terme falsafa qui s'impose pour désigner la philosophie islamique de source grecque.

La compétition entre écoles favorise l'émulation du travail philosophique. Le XIIe siècle marque l'apothéose de la philosophie pure, de la falsafa, et le déclin du kalâm. L'école acharite prend le contre-pied du motazilisme. Tout en reprenant la méthodologie du kalâm, les acharistes ont récusent la thèse du libre arbitre et reprennent celle d'un Coran éternel et incréé.

Les enjeux politiques et religieux

La pluralité des courants philosophiques des débuts et de l'époque classique s'explique, notamment, par le cosmopolitisme des sources de la philosophie musulmane et par une concurrence religieuse qu'attise le désaccord perdurant sur la succession de Mahomet. Par exemple, les motazilistes ont reçu la protection des opposants au califat, les acharistes celui des dynasties Almohades et Ayyoubides, etc.

Les enjeux religieux n'en demeurent pas moins primordiaux. L'islam est une religion révélée – une vérité révélée. Pour les orthodoxes, le Coran est conséquemment éternel et incréé. Notons que cette position ne ferme pas pour autant la porte à la discussion : la question de la relation de l'homme à Dieu demeure.

Dans les débuts de la philosophie islamique, les qadaristes et les djarabistes du kalâm recourent à la dialectique de l'ijtihad pour démontrer, les premiers, le libre arbitre et, pour les derniers, la prédestination. Les motazilistes, sans contester l'unité de Dieu, font de la connaissance une nécessité du salut de l'homme, lequel reçoit la révélation guidé par la lumière de sa raison.

La tâche de réconcilier la raison et la religion a été amplifiée par la redécouverte du corpus grec. L'affirmation aristotélicienne de l'éternité de la matière interroge la notion de Dieu créateur du monde. Selon les conclusions que l'on tirera, c'est la possibilité même d'une prophétie qui est contestée. Finalement, faisant de l'âme une aptitude, les péripatétiques de la falsafa remettent en cause son immortalité.

L'école acharite est fondée en réaction aux extrapolations de la philosophie spéculative. La nature unique de Dieu est incompréhensible pour l'homme. Si celui-ci dispose du libre arbitre, il n'a pas de pouvoir de création. C'est ce que signifient les acharistes en réaffirmant la perfection et la prédestination du monde. La position de l'école acharite sera instrumentalisée. Elle servira à redéfinir la philosophie islamique, mettant fin à l'émulation et à plus d'un débat.

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