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Philosophie politique
Sur la nature de l'homme
Par Alex Grenon, 7 aout 2007. Dernière révision : 19 juin 2008
L'état de nature fascine et nous aspire. Pourtant, la conscience de l'être n'a rien d'innée. Entre le mythe du bon sauvage et celui de la bête qu'un code moral doit contenir, que choisir ? Quel est la véritable nature de l'homme ?
Avant de s'interroger sur la nature de l'homme, il importe de se pencher sur la notion de l'homme, ou de l'être, et que soit établie la réalité de notre existence. L'idée de l'homme n'a rien d'une constatation naturelle. Elle est le résultat d'une prise de conscience, unique à l'humain parmi toutes les créatures vivantes.
L'idée de l'homme est redevable à un développement de la pensée universelle ayant fait de l'homme une entité à la fois distincte et partie de la nature :
L'Ancien Testament a proposé la conception de la valeur inaliénable de la personne humaine pour autant qu'elle est créée par Dieu et alliée à lui et que son destin collectif, scellé par la loi, a un sens transcendant. Le Nouveau Testament a ajouté la pensée de la valeur inaliénable de l'individu pour autant que le salut est, à travers la rédemption, une affaire singulière. [1]
L'idée de l'homme est biblique. C'est une notion introuvable dans la philosophie et le droit antiques.
Liberté première et responsabilité individuelle
Le développement de l'idée de l'homme s'est faite en deux temps. Sous la poussée du judaïsme, le monde s'est d'abord ouvert à l'idée du monothéisme. Créateur de la nature et non issu d'elle, le Dieu monothéiste rend possible l'idée de responsabilité de l'homme.
Grâce au monothéisme, il a été possible de détacher l'homme de la nature. Néanmoins, tel quel, cela ne suffit pas à établir la notion de l'homme au sens d'individu. Dans ses déclinaisons historiques, maintenant orthodoxes, le judaïsme est une religion de la communauté, c'est-à-dire une religion où les punitions et les récompenses sont rattachées à l'ensemble de la communauté.
Ce n'est qu'avec le christianisme que le développement de la pensée universelle pu prendre en compte la notion d'individu. Ayant fait du salut une affaire personnelle, le christianisme a complété l'idée monothéiste, la détachant de son origine tribale juive. Davantage, le christianisme a contribué à établir plus distinctement la notion d'individu.
Le combat pour la sécurité juridique de chaque vie fut un long combat. À l'égard des non chrétiens, l'Occident mit longtemps à étendre le même droit. On s'interrogea longuement sur l'existence possible d'une âme chez les représentants des tribus du Nouveau Monde, puis chez les esclaves noirs, pour ne nommer que ces deux exemples.
Au XIXe siècle, le vaste mouvement de sécularisation permit de mener à terme l'idée de l'homme dont le christianisme était porteur, une idée qui dès lors cessa d'appartenir au christianisme.
Conclusion
En définitive, la question de la véritable nature de l'homme, à savoir s'il est foncièrement bon ou mauvais, n'a plus la même signification. Certes, c'est en s'élevant au-dessus de la nature, et forcément de ses seuls instincts, que l'homme fut. Et cela fut par le développement de la pensée universelle, de la philosophie et de la culture, laissant apparaitre l'idée de l'homme.
- Barret-Kriegel, Blandine. L'État et les esclaves. Payot Paris, 1989, p. 67.