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Philosophie politique
La méthode de la phénoménologie
Par Alex Grenon, 29 mai 2007. Dernière révision : 19 juin 2008
C'est par l'intuition que la conscience perçoit l'essence des choses. Nous ne pouvons nous en remettre au hasard de notre éveil. La perception intuitive des choses appelle une méthode.
Quiconque veut vraiment devenir philosophe devra « une fois dans sa vie » se replier sur soi-même et, au-dedans de soi, tenter de renverser toutes les sciences admises jusqu'ici et tenter de les reconstruire. Husserl.
Edmund Husserl a proposé une méthode qui a fait la fortune de la phénoménologie au-delà de son champ disciplinaire. Il a placé son regard au niveau de la constitution de l'empirique.
Notre vie quotidienne avec les objets, notre histoire et la présence des autres, est régie selon un ensemble de formes idéales. L'ordre transcendantal ou eidétique s'applique à la matière pour construire la représentation du monde. Le système de la phénoménologie husserlienne est eidétique en qu'il est construit d'essences constitutives des faits empiriques.
En portant son intérêt sur la région de la conscience pour en établir les fondements eidétiques, Husserl évite le scepticisme de l'empirisme et les déboires du naturalisme. Pour le phénoménologue, l'essence n'est pas, non plus, une construction du psychisme. En réalité, note-t-il, ce qui est construit par le psychisme, c'est la représentation de l'essence.
Pour Husserl, les essences sont des objets de nature idéale pour la conscience, ce ne sont pas des choses de la nature. Il s'oppose donc au naturalisme. Il prône l'existence des sens sans tomber dans le réalisme platonicien.
Placer sur un pied d'égalité les objets géométriques ou les images fantaisistes, tels qu'un triangle ou un centaure joueur de flute, pour en faire l'étude transcendantale représente une grande avancée de la phénoménologie. Ce sont tous des donnés de l'intuition qu'il faut envisager comme tel.
L'intuition est une science rigoureuse
Le terme intuition ne renvoie pas à un processus aléatoire ou magique. Le but avoué de Husserl était de constituer une philosophie comme science rigoureuse. Pour y parvenir, il dû trouver un fondement absolu et une méthode d'investigation permettant d'avancer dans ses recherches.
Tout d'abord, Husserl a fait sienne la thèse du monde, ou thèse de l'attitude naturelle : le monde est là, et quoique nous fassions, il restera là. Cela rappelle Kant, pour qui le monde n'est pas une apparence ; et nous éloigne du doute cartésien, lequel instruit une antithèse. Husserl ne cherche pas à élaborer une philosophie mettant en doute l'existence du monde. Il suspend tout simplement cette question. Le monde peut être ou ne pas être. L'épochè, c'est la mise entre parenthèses de l'existence du monde.
Le cogito comme fondement absolu
Husserl a trouvé le fondement absolu de sa philosophie dans le cogito, notion empruntée à Descartes. Descartes a démontré que le sujet pensant est le seul être dont nous ne pouvons mettre l'existence en doute, d'où le cogito ergo sum : « je pense, donc je suis ». Le cogito est un fondement absolu pour trois raisons :
- C'est un principe qui fonde toute expérience ;
- Il n'est pas lui-même fondé, évitant une régression à l'infini de principe en principe ;
- C'est un principe universel, partagé par tous les humains en tout temps.
Dans le Discours de la méthode de Descartes, le cogito correspond à un doute méthodique. Le fait de penser introduit une méthode. Avec l'épochè, et la perception intuitive des essences, Husserl évite le piège d'un mode de pensée exclusivement déductif et non inductif, le piège d'un cogito mal compris.
Par l'épochè, nous suspendons la thèse du monde. Par là, nous mettons hors circuit tout un ensemble de choses. Il s'agit d'une réduction phénoménologique, laquelle nous laisse avec la conscience du monde. Cette conscience est superposée à la sphère du cogito.
Le cogito est un ensemble de vécu propre à une sphère consciente. Ce cogito est en face d'un monde permanent. Maintenant peut s'ouvrir la nouvelle science : l'investigation eidétique de ce cogito et de son monde, c'est-à-dire la recherche de l'essence de la conscience en face du monde, de ce là.
Conclusion
Dégager les essences à partir de l'expérience commune de la conscience, alors que cette expérience est toujours particulière, prétendre sortir l'universel du particulier sans sombrer dans l'arbitraire, ne relève pas de l'évidence. Pour sortir de ce paradoxe, Husserl a avancé la notion d'épochè.
La suspension du jugement, la mise entre parenthèses de ce que chaque vécu de conscience a de particulier révèle sa seule structure universelle. Par exemple, je perçois une pomme, puis je perçois un bureau. Si je fais abstraction du contenu de ces représentations, il ne reste plus que des structures universelles, soit à chaque fois la perception de quelque chose.
L'épochè révèle également l'une des structures fondamentales de la phénoménologie, aussi importante que le cogito : l'intentionnalité, c'est-à-dire le caractère fondamentalement orienté de la conscience. La conscience n'a pas le même mode d'être que des objets physiques. C'est la structure de l'intentionnalité qui distingue le psychique du physique.