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Philosophie politique

La psychanalyse et le sujet du désir

Par Alex Grenon, 21 aout 2007. Dernière révision : 7 janvier 2009

En psychanalyse, le sujet s'entend comme sujet du désir. C'est à Sigmund Freud (1856-1939) que nous devons la découverte du sujet dans l'inconscient. Les expressions « sujet du désir » et « sujet de l'inconscient » sont cependant attribuables au psychanalyste Jacques Lacan (1901-1981).

Il revient au psychanalyse français Jacques Lacan d'avoir contribué au développement de la notion de sujet. Le sujet, ou sujet du désir, constitue une réalité différente du « je ». Ce sujet n'a pour ainsi dire pas d'être. Il ne correspond pas, non plus, à la notion de sujet au sens moderne de sujet pensant.

Le moi ou l'être qui pense

Le moi arbitre les tensions opposant le réel et l'imaginaire. Il appartient lui-même à l'imaginaire, lieu de l'illusion. Le moi a une fonction inhibitrice, défensive en opposition aux pulsions inconscientes jugées incompatibles sur son propre plan. L'être qui pense arbitre, tel qu'il se voit, tel qu'il s'imagine, le conflit psychique. La médiation du moi suit une logique plus ou moins intrinsèque ou empruntée à son milieu. Issu de l'imaginaire, le moi n'est pas pour autant la projection d'un être parfait.

Le surmoi, en grande partie inconscient, figure de la conscience morale restrictive et culpabilisante, est le représentant de la tradition et des idéaux auxquels doit se mesurer le moi. Le moi est un être frontière qui doit régler les relations entre le « ça », archaïque et entièrement occupé de pulsions et le surmoi, d'une part, et le monde extérieur, d'autre part. Le moi est l'instance chargée de l'adaptation avec l'autre, le monde extérieur, le réel.

L'être biologique et l'imaginaire

Chez l'être humain, les expériences qui naissent du contact du corps avec l'environnement peuvent être mémorisées. Ainsi, et c'est le plus significatif, l'évocation de ces expériences peut ensuite survenir sans relations de causalité avec les variations du milieu extérieur. L'enfant explorant et mémorisant chaque partie de son corps en vient à distinguer son être, composé de parties qui l'accompagnent toujours, de son milieu de vie, lequel change au gré des déplacements.

À la différence des autres mammifères, également dotés d'un système limbique autorisant les processus de mémoire à long terme, l'enfant est en mesure de projeter les mémorisations des diverses parties de son corps en un concept unifié, celui de son être biologique. Cette faculté de projection, de conceptualisation est unique à l'être humain. Freud aura retenu d'évoquer cette sensation qu'éprouve l'être humain d'être un corps unifié à travers l'expérience du miroir. Avant d'avoir acquis son autonomie motrice, l'enfant reconnait son image dans le miroir.

En psychanalyse, le moi est une fonction qui se déploie dans la dimension de l'imaginaire. Dépourvu d'autonomie sur le plan de la mobilité, le tout jeune enfant ne peut vérifier l'unité de son être que par le recours à ses mémorisations, départageant dans son imaginaire la constance de la sensation et de la vision de son corps de ses autres mémorisations. En conséquence, l'être se trouve projeté sur un axe imaginaire en opposition à sa propre image. Cette relation fait obstacle à la reconnaissance de son désir.

Le sujet du désir

Dorénavant conscient de constituer un être à part entière, l'enfant doit apprendre à demander, à exprimer son désir. Le désir est différent du besoin, il vise la reconnaissance et non pas la satisfaction. La demande de l'enfant exprime son désir d'amour. Dans la demande de nourriture, par exemple, ce n'est plus la satisfaction matérielle qui est visée mais une réponse au désir d'amour. Pourquoi seulement maintenant ? Parce que le désir ne pouvait naitre que de la confrontation à l'unité de son corps, laquelle révèle également « l'autre ».

Pour Lacan, la demande d'amour ouvre une question, celle du désir de l'autre, du monde extérieur. Cela survient à un âge où une telle question ne peut être comprise. Le désir se manifeste alors autrement, dans les formations de l'inconscient : rêves, symptômes, oublis, lapsus, jeux d'esprit ou actes manqués. Ce sont des messages qui témoignent de l'existence d'un autre lieu, l'inconscient, d'où s'exprime le sujet en attente de son désir.

« Tout le travail de la psychanalyse consiste à donner la parole à l'inconscient, à faire en sorte que l'autre histoire se fasse entendre », nous rappelle le psychanalyste Serge Leclaire (1924-1994). En chaque individu, deux histoires cohabitent. Il y a l'histoire officielle tissée des thèmes variés de mythes collectifs et de fantasmes individuels, c'est-à-dire le moi. Il y a l'autre histoire, balbutiante, qui « s'anime de représenter « je » dans son mouvement ». Mais ce « je » naissant n'est pas celui de la grammaire : « je » n'est pas moi.

Ce n'est que par un patient travail sur les formations de l'inconscient que le sujet se dévoile, à travers cette autre histoire, refoulée. Cet avènement du sujet n'est pas le dévoilement d'une statue, ni l'intronisation d'un nouveau prince, nous rappelle encore Leclaire. Ce sujet « premier », morceaux de corps, premières douleurs et sensations confuses du corps « désassemblé » sera à toujours à découvrir. Nul autre que le sujet de l'inconscient ne connait les confins du fantasme originaire, nul autre que le sujet du désir n'en est le plus proche parent.

C'est à travers le thème de base, originaire, toujours à découvrir dans l'intrication du corps et des mots, que vit le sujet. Le sujet de l'inconscient, ou sujet du désir, est une révélation approximative, une vérité approchée. Nul individu ne peut revenir à « l'innocence du corps désassemblé ». Le sujet du désir ordonne, sépare et relègue dans l'ordre de la perte les fragments du temps « premier ». Le sujet nait, et renait sans cesse de l'impossible unité de ces fragments.

C'est de l'intervalle entre les éléments que le sujet « parle » ainsi que l'illustre le psychanalyste Serge Leclaire :

Le sujet du système inconscient ouvre, dans le partage qu'il ne cesse d'assurer en pure perte entre le signifiant et son reste, l'espace de la parole. Non qu'il parle : tout au plus peut-on dire qu'il désire, car c'est du vif des bords qu'il s'emploie à trancher que surgissent les forces antinomiques de mouvement qu'on appelle désir.

  1. Leclaire, Serge. On tue un enfant. Éditions du Seuil, Paris, 1975.
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