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Philosophie politique

Substance et sujet en philosophie

Par Alex Grenon, 14 aout 2007

Dans la philosophie aristotélicienne, substance et sujet sont les deux concepts fondamentaux concernant la pensée de l'être. Avec Kant, la réflexion philosophique sur la notion de sujet s'oriente vers la recherche d'une théorie de la connaissance et de la détermination de l'être, ou ontologie. Cette réflexion sera poursuivie par la phénoménologie.

En philosophie, substance et sujet sont deux concepts fondamentaux concernant la pensée de l'être. Ils ont pour origine la philosophie d'Aristote. Pour le célèbre philosophe, être et substance se recoupent. La substance se confond aussi avec la notion de sujet, mais pas du tout au sens moderne du terme de sujet pensant. Dans la pensée aristotélicienne, le sujet est ce dont on prédique quelque chose. La substance se comprend comme substrat, par opposition aux accidents dont elle est le support permanent. Selon Aristote, les idées sont des attributs ou des prédicats qu'il faut toujours rapporter au sujet considéré : la substance.

La question de la substantialité avancée, la pensée moderne se réfèrera au cadre conceptuel posé par Aristote dans ses diverses tentatives pour penser le sujet. Dans Principes de la Philosophie, Descartes pense le sujet comme substance, c'est-à-dire comme « une chose dont la caractéristique essentielle est de n'avoir besoin de rien d'autre que soi pour exister ». Ainsi entendue, la substantialité n'appartiendrait qu'à la puissance divine. Mais, précise Descartes, la dépendance du sujet ou égo à la puissance divine est si absolue que nous pouvons dire du sujet qu'il est aussi substance.

Selon Spinoza, il ne peut y avoir qu'une substance dont l'individu autonome ne serait qu'une modification. Il réfutera cette association du sujet comme substance. L'antagonisme entre Spinoza et Descartes n'échappe pas à Hegel. Pour le philosophe allemand, il ne suffit pas d'appréhender le sujet comme substance, ni la substance sans la subjectivité. Avec Hegel, le système du savoir n'est plus la réflexion d'un sujet humain sur une substance qu'il n'est pas, Dieu ou nature. Appréhender la substance comme sujet signifie appréhender l'absolu comme étant à la fois en soi, substance, et pour soi, sujet.

Sur la phénoménologie

La réflexion philosophique ayant été orientée vers une théorie de la connaissance et de la détermination de l'être, ou ontologie, les philosophes accélèrent la réflexion sur la notion de phénomène. Cette notion concentre les interrogations sur le statut respectif du sujet et de l'objet. Esprit, conscience, conscience de soi, connaissance de l'être, ces termes habitent la nouvelle perspective. Le phénomène est ce qui se manifeste à la conscience, que ce soit par l'intermédiaire des sens ou non.

L'effort de Kant pour penser l'objectivité du phénomène et l'activité organisatrice du sujet constitue l'arrière-plan de la phénoménologie dans ses versions hégélienne et husserlienne. Pour Kant, le phénomène est ce qui apparait dans le temps ou l'espace. Il n'est pas la chose en soi, dans la mesure où toute représentation suppose une activité subjective de mise en forme. Mais le phénomène n'est pas une apparence, dissimulant ou déformant une réalité. Selon Kant, il n'y a rien d'autre à voir ni à connaitre que des phénomènes.

Hegel protestera vivement contre le biais épistémologique de la philosophie de Descartes emprunté par Kant. Hegel affirme que nous devons étudier la connaissance pendant son processus même. C'est pourquoi il recourt au terme « phénoménologie » dérivé du mot grec et signifiant « apparaitre ». La Phénoménologie de l'esprit est l'étude de la façon dont la conscience ou l'esprit apparait à lui-même. Hegel relève une progression dialectique : conscience, conscience de soi, raison, esprit et religion, vers ce qu'il nomme le savoir absolu, ou « l'esprit se sachant lui-même comme esprit ».

Définissant la conscience comme le rapport entre un sujet et un objet, Hegel s'est intéressé aux variations de ce rapport et aux transformations de la conscience. Chez Hegel, l'expérience de la conscience ne se résume pas à rencontrer successivement des objets différents en restant identique à soi, mais à se transformer. Au terme de ce développement, la conscience comme conscience subjective se dépasse en esprit. Le parcours de Phénoménologie de l'esprit est celui de la formation de l'esprit, le devenir conscient de la raison au sein de l'histoire universelle.

Pour Husserl, la phénoménologie hégélienne n'a de sens qu'au sein de la métaphysique traditionnelle. Aussi cherche-t-il, dans l'élaboration de sa phénoménologie, à dégager la philosophie des présuppositions métaphysiques et à la constituer comme science. Son but est de penser la subjectivité transcendantale pure, libérant l'égo transcendantal, ou sujet pur, de toute interprétation réaliste. L'égo n'est plus pensé comme substance matérielle, mais comme le pôle des visées intentionnelles. Suivant la pensée kantienne, selon laquelle il n'y a pas d'autre monde à voir, Husserl propose de décrire les objets tels qu'ils se présentent à la conscience.

Husserl rappelle que par substance nous n'entendons rien d'autre que ce qui définit l'être d'une chose, un substrat matériel permanent. La conscience perçoit l'essence des objets par intuition, la méthode permet de dégager ce qui demeure invariable dans les modifications de perspective que l'esprit a sur les choses. La véritable connaissance est celle des essences. Dans une référence à Platon, Husserl appelle essences les structures universelles que la phénoménologie entend dégager et fonder sur le cogito ergo sum, le « je pense, donc je suis » de Descartes.

Mais comment prétendre sortir l'universel du particulier ? Comment dégager l'essence d'une chose à partir d'une expérience commune de la conscience si cette expérience de la conscience est toujours particulière ? Pour sortir de ce paradoxe, Husserl avance la notion d'épochè. L'épochè consiste à « mettre entre parenthèses » ce que chaque vécu de conscience a de particulier. L'épochè révèle une structure importante de la phénoménologie : l'intentionnalité, c'est-à-dire le caractère fondamentalement orienté de la conscience. La conscience n'a pas le même mode d'être que des objets physiques.

Le regard porté vers une phénoménologie transcendantale, Husserl amorce le deuxième temps de sa recherche. Il propose une phénoménologie non plus seulement descriptive mais également constitutive, orientée vers l'analyse de la conscience transcendantale. Dès la parution de ses nouvelles idées, sa phénoménologie transcendantale fut vivement critiquée, notamment par Heidegger. Le débat a toujours cours. Encore aujourd'hui, les thèmes husserliens dominent la recherche phénoménologique : l'intentionnalité, la conscience transcendantale et la constitution du monde, l'intersubjectivité, la genèse de l'histoire et de la culture, l'expérience antéprédicative et ses relations avec le temps.

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