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Vie moderne
La peinture recyclée
Par Alex Grenon, 24 juillet 2007
Quand vient le beau temps, le gout du changement s'empare de plusieurs d'entre nous. Côté décor, si nous ne voulons pas y consacrer la saison, nous devons choisir. Entre écologie de la vie et écologie tout court, le renoncement n'est pas toujours désiré. Peinture et simplicité volontaire.
Étudiant à l'université, je poursuivais mon apprentissage de la vie. Mes amis rénovaient leur premier logement sans compter leur temps. J'étais bien décidé à faire l'économie de cette étrange lubie qui consiste à décorer pour déménager ensuite. J'avais opté pour un studio proprement blanc. Avec zèle, j'ai organisé mon installation sur le modèle d'un blitz aérien bombardant les murs de tableaux, les planchers de tapis. À la clôture du weekend, je contemplais déçu le territoire nouvellement conquis et son décor d'occupant temporaire.
Les objets semblaient figés et disparates. Dans un studio, vous devez harmoniser vos napperons avec votre couvre-lit ! Je n'étais pas encore chez moi. J'ai regagné le nid familial. Ces retrouvailles précipitées donnèrent lieu à un festin et à la réquisition de tous les restes de latex entreposés au fond du garage. Dans un gros baril, j'ai concocté une mixture grise, adoucie d'une nuance de vert. Assez pour couvrir quatre murs, un plafond, et ajouter une patine à mes prétentions zen.
Prendre le pli
Jamais je n'aurais cru vivre si longtemps dans une pièce percée d'une seule fenêtre, donnant de surcroit sur le nord. Dans une tour de béton, j'ai apprivoisé le rythme des saisons. Novembre, je saisissais la clarté limpide du ciel en contre-jour. Dès janvier, les rayons d'ouest annonçaient le printemps, pénétrant lentement dans l'appartement jusqu'à l'explosion de juin. Cela valait onze mois d'attente. Mes soirées étaient baignées d'une lumière d'or, de quoi me fabriquer des fantasmes colorés.
J'ai acheté un jaune acide citron pour ensoleiller ma déconvenue. Zestant un premier pan, j'ai progressé d'un pli jusqu'au fond du gallon. J'ai poursuivi avec un bleu pure lumière d'hiver en vis-à-vis. Les couleurs s'étalaient sous un ciel, pardon un plafond ombre des lueurs flamboyantes du coucher. Il s'agissait d'un gris tendance mauve. Je pensais accentuer l'éclatement de mes quatre murs. C'était une belle idée.
Un nouveau départ
Je jette un dernier regard à mon studio. Mon diplôme est là, quelque part dans l'un des cartons. Ma nouvelle situation m'a permis de multiplier par cinq mes quatre murs. Des murs blancs, tiens donc. Ils l'étaient. Je démasque des cernes, indélébiles. Je me retrouve les mains pleines de cartes du nuancier. Je ne me déciderai jamais !
Puis, j'ai découvert un marchand de peintures récupérées. Les résidus de peinture domestique ramassés dans les cueillettes sélectives se retrouvent ici en pots. Le hic du miracle écolo, c'est le choix limité de couleurs. Je n'avais plus qu'à associer quatre ou cinq tons parmi la quinzaine.
Sitôt de retour, je peins un plafond : horrible, ce pêche. Je croyais avoir choisi des couleurs complémentaires. Bon, je ne suis pas propriétaire, c'est déjà ça de pris. Je continue, je glisse d'une teinte à l'autre histoire de mesurer l'effet final avant que le doute ne m'arrête.
Ce n'est pas le désastre appréhendé. Cela va avec l'appartement vieux et mal plâtré. Les couleurs donnent un air rétro, leur juxtaposition fait actuel. Mes amis parsèment leurs louanges d'une ou deux remarques acerbes adressées à leur partenaire : ils en sont encore à l'étape du choix de couleurs. Je ne comprends pas pourquoi ils s'en font autant avec la décoration, tout sera à recommencer au prochain printemps de la vie.