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Vie moderne
Recrudescence du SIDA chez les hommes
Par Alex Grenon, 14 novembre 2007. Dernière révision : 9 juin 2008
À New York, un homme sur quatre ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes est porteur du VIH. Ce chiffre rappelle la réalité de plusieurs pays africains. Retour sur une épidémie que l'on croyait reléguée à d'autres.
Le VIH (virus d'immunodéficience humaine) est le virus du SIDA (syndrome d'immunodéficience acquise). C'est à New York, au début des années '80, qu'était constatée la première mort associée au SIDA.
Les premières mentions de la maladie ressemblaient à ceci : « Recrudescence de la pneumonie parmi les hommes gais » ou « Cancer rare et fatal diagnostiqué chez 41 homosexuels ».
Dans le NYPress du 26 septembre 2007, John Mikytuck [1] rappelait qu'en mai 1982, le New York Magazine avait publié un texte de Micheal VerMeulen, The Gay Plague (la plaie gaie), notion à partir de laquelle est né le mouvement du sexe protégé.
La maladie des autres
La remise en question, jusqu'à récemment, des comportements à risque chez les gais occidentaux a permis de réduire l'incidence du VIH⁄SIDA dans ces communautés. Aujourd'hui, le SIDA est largement associé à l'Afrique, dont c'est la pire catastrophe de tous les temps. Sur le continent noir, le virus a tué l'équivalent de la population du Canada.
C'est cependant en Russie et en Europe de l'Est que le SIDA progresse le plus rapidement. Les drogues injectées et l'activité hétérosexuelle en sont les principaux vecteurs. Le virus a également fait une percée significative en Chine, en Inde et en Amérique latine. C'est ce que rapportait Stephen Lewis, envoyé spécial des Nations Unies pour le VIH⁄SIDA en Afrique [2].
Aux États-Unis, le SIDA est désormais la plus importante cause de décès chez les hommes et les femmes afro-africaines âgés de 25 à 40 ans. De fait, même si elle ne compose que 15 % de la population américaine, la communauté noire compte pour 50 % des cas d'infections.
En 1991, le joueur de basketball Magic Johnson rendait publique sa séropositivité, conséquence d'une relation hétérosexuelle non protégée. Un premier pas venait d'être franchit quant à la sensibilisation de la population noire, notamment, aux risques du sexe non protégé, y compris hétérosexuel.
Un retour à la case départ ?
Toujours aux États-Unis, les programmes de prévention ciblant la transmission du virus de mère à enfant durant la grossesse et par usage de drogues intraveineuses ont porté fruit. Et le cas Johnson a occulté une réalité que l'on croyait appartenir au passé : les relations sexuelles d'homme à homme sont redevenues le premier vecteur de transmission du SIDA.
À ce sujet, les dernières statistiques new yorkaises, pourtant alarmantes, n'ont suscité que peu d'intérêt : 100 000 hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes sont infectés, et 20 % de ces hommes séropositifs ignorent leur statut ; diagnostiques positifs en hausse de 33 % dans les derniers 6 ans chez les gais de moins de 30 ans, alors que le taux d'infection doublait chez leurs cadets de 13 à 19 ans.
La réticence des jeunes, noirs et hispaniques en particulier, à s'identifier à la communauté gaie a incité les intervenants en santé à réinventer, encore une fois, le vocabulaire. Chez les plus jeunes, la promotion de l'abstinence fait aussi partie du problème : elle interdit la sensibilisation au sexe protégé.
S'il est encore possible de croire à une gravité particulière à la ville de New York, une augmentation de l'incidence du VIH⁄SIDA a été enregistrée partout en Amérique du Nord. Dans son article, John Mikytuck laissait la conclusion à Sara Market, porte-parole du New York Health Department :
C'est regrettable, mais c'est comme si nous revenions au commencement. Nous devons, quelque part, rappeler aux gens que c'est une « maladie gaie », à nouveau, avant que ça ne devienne une autre épidémie. [3]
- Mikytuck, John. The Plague Returns, NYPRESS, 26 septembre 2007, page 13.
- Raymond, Richard et Gobeil, Aline. Sida : la bataille est-elle perdue ? Radio-Canada, 11 octobre 2007.
- Mikytuck, John. Loc. cit., page 14.